la*truffe

news from the conceptual age

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mercredi 30 août 2006

Rapports publics : Des médiattitudes - Prospective sur la stratégie de l'Etat dans les mutations des médias - La Documentation française

Dans le cadre de son activité "Prospective de l'Etat Stratège", le Commissariat général du plan, se penche, par le biais du groupe de projet "Cosmos", sur les transformations auxquelles vont être confrontés les médias à l'horizon 2015 (concentration, innovations technologiques, croissance et évolution des besoins des consommateurs citoyens pour ces services).
Craignant une banalisation des contenus liée à des hypothèses de "concentration mondiale" et "concurrence plurielle", le groupe de projet recommande d'accroître le degré de concurrence, de renforcer le service public et d'inciter à des contrepouvoirs efficaces afin de permettre un "pluralisme citoyen".
Il conclue son exercice de prospective par la présentation de dix "médiattitudes" pour une action de l'Etat et de la société qui incite à la qualité et au pluralisme dans les médias."

mardi 23 août 2005

50 Strategies to Attract Young Readers

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Editorial and NIE strategies that involve families in encouraging young people to read, the most powerful way to create future newspaper readers.
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How to measure your coverage of the young, by Michael Smith, Managing Director of the Media Management Center of Northwestern University in the United States.
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What’s working and what isn’t in using the latest technology to link young people to newspapers. The session includes a 10-country study of the "Blog-SMS-iPod Generation" by Evelyne Bévort, Deputy Director of the French media research foundation CLEMI, and how newspapers working with web and radio create a winning formula, by Berthold Brunsen, the Managing Director of bremen 4u GmbH + Radio in Germany.
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Results of the Front Page Project, in which some of the world’s leading newspapers changed page one to appeal to a 10-year-old, by François DuFour, Editor in Chief of Play Bac Presse newspapers in France, and Aralynn McMane, Director of Education and Development for the World Association of Newspapers.
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The profit and long-term pay-off in young readership from "journalist for a day" programmes, by Bettina Reicher, Managing Editor for Youth and Education at Der Standard in Austria.
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Lessons from magazines for attracting the youngest adults -- 19- to 24-years -- by David Hepworth, Creative Director of Development Hell in the United Kingdom.
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A session on total "youth-think", or "youth on every page," featuring Danièle Fonck, Deputy Director General of Editpress in Luxembourg, Jennifer Carroll, Director of News Development for Gannett in the United States, and Ricardo Kirschbaum, Editor General of Clarin in Argentina.

The Observer | UK News | Rabbit plague digs a hole in British history

Roman legions took the rabbit to Britain and now rabbits are destroying the empire's northernmost defences

lundi 22 août 2005

Chronologie du futur

2006-2010 : les jouets émotifs (exprimant des émotions et réagissant aux émotions de leurs propriétaires) ; les murs vidéos…
2008-2012 : les médicaments délivrés via des fruits modifiés génétiquement ; les tatouages vidéos ; les tissus sensibles qui informent votre électronique de votre santé ou de votre humeur…
2011 - 2015 : la voiture à pilotage automatique ; la régénération dentaire grâce à la thérapie génique…
2013-2017 : le maquillage pourra électroniquement changer de couleur ; des robots guideront les aveugles dans les rues…
2016 - 2020 : les formes de vie électronique obtiendront des droits les protégeant ; les spectateurs seront les acteurs des films qu’ils regarderont ; les objets électroniques permettront de contrôler l’émotion, de stimuler ou annihiler des émotions en envoyant des pulsations électroniques au cerveau pour sécréter des hormones spécifiques
2021-2025 : la traduction immédiate et automatique, la télévision 3D…
2026 - 2030 : les imprimantes 3D deviennent domestiques et permettent de matérialiser de nombreuses commandes matérielle sous vos yeux…
2031-2035 : possibilité de ralentir le métabolisme humain pour permettre les voyages spatiaux ; les ordinateurs seront devenus plus intelligents que les humains.
2036 - 2040 : inauguration du premier ascenseur spatial.
2041-2045 : le premier village humain avec service de navette régulier s’établira sur la lune.
2046 - 2050 : une petite colonie de scientifiques s’établira sur mars dans une cité auto-suffisante.
2051+ : vos pensées, sentiments, mémoires seront transferables à un ordinateur.

Thoughts from Web 2.0

Functioning Form - Thoughts from Web 2.0: "Peter Merholtz: Web 2.0 - It's not about the technology
Web 2.0 is primarily interesting from a philosophical standpoint. It's about relinquishing control, it's about openness, it's about trust and authenticity.

Bill Scott: The Come To Me Web
Pulling the thoughts together, Web 2.0 is the Web on Demand. Across all of the medias the move is for deep personalization of content.

Johnathan Bouetelle: Web 2.0: Not-for-profit?
Everyone on the panel emphasized that openness was very important, that remixing was key to the web. But what came through was that companies like technorati and flickr are very happy to let you leverage their APIs …as long as you don’t make any money.

Rashmi Sinha: Web 2.0: Data, Metadata and Interface
One key takeaway from the Web 2.0 panel was that data, interface and metadata no longer need to go hand in hand."

Le mot "podcasting" entre dans le dictionnaire

Le mot "podcasting" entre dans le dictionnaire
Inventé seulement en février 2004 par un journaliste du Guardian, le mot "podcasting" fait déjà son entrée dans le dictionnaire Oxford. Tout un symbole.

Selon le Oxford English Dictionnary, le podcasting est un nom employé pour désigner "un enregistrement numérique d'une émission de radio ou d'un programme similaire rendu disponible sur l'Internet pour le télécharger sur un lecteur audio personnel".

C'est le 12 février 2004, dans un article du Guardian intitulé "Audible revolution", que le journaliste anglais Ben Hammersley employa pour la première fois le mot valise "podcasting" (assemblage de "iPod" et de "broadcasting"). En un peu plus d'un an et demi, le mot est entré dans le vocabulaire de base de nombre d'internautes et, donc, dans le dictionnaire.

N'en déplaise à Microsoft, qui demande à ses employés de refuser le terme de "podcasting" au profit de celui de "blogcasting", le premier semble largement l'emporter...

Source: Ratiatum.com sous Licence Creative Commons by-nc-sa

CJRdaily: John Carroll on the Future of Newspapers

On Wednesday, Los Angeles Times editor John Carroll announced he was
stepping down, effective August 15, and will be succeeded by Managing
Editor Dean Baquet,. Under Carroll's leadership, which began in 2000,
the Times took home 13 Pulitzers; he is one of the most respected
editors in the U.S,

In a wide-ranging interview with CJRdaily, he talks about winning
Pulitzers while losing circulation, and about the future of corporate
news outlets.

mercredi 20 juillet 2005

Fonctions cognitives selon la Garanderie

Mémoriser consiste à d'abord regarder, écouter avec le projet de se re-donner en images ou en mots ce que l'on perçoit. Il s'agit ensuite de le faire. On s'assurera de la conservation de ces acquis en s'imaginant être dans l'avenir, en train de les utiliser.

Comprendre revient à traduire en mots, en phrases, en images, l'objet concret ou abstrait donné en perceptions visuelles ou auditives. Le but est de camper une situation de confrontation entre cet objet et la traduction qu'on s'en est donnée. Ainsi seront produits des jugements de comparaison, d'où pourront naître des intuitions de sens.

Réfléchir, c'est retrouver des acquis susceptibles d'apporter les moyens de traiter une situation d'exercices, de problèmes, de tâches diverses, plus ou moins complexes. Ces acquis seront alors mobilisés dans la pensée sous forme d'évocations concrètes ou symboliques. Ils seront enfin confrontés à ces exercices ou problèmes.

Imaginer est découvrir ou inventer en s'ingéniant à évoquer l'inédit des choses ou des êtres, que cet inédit soit présent en eux, ou qu'on en élabore la construction, toujours en utilisant les évocations d'images et de mots.

Théorie et méthde d'Antoine de la Garanderie sur l'apprentissage

Le geste d'attention par la représentation mentale ou l'évocation :

Notre enfant doit avoir envie de traduire ce qu'il voit ou entend pour lui dans son langage. Si nous disons à notre enfant : "Fais attention" ou "concentre-toi", il ne va plus que penser à se concentrer au lieu de penser aux idées que l'on essaie de lui transmettre. Il est préférable de lui expliquer le geste d'attention, c'est-à-dire qu'être attentif est un acte volontaire, une mobilisation d'énergie en vue d'un objectif déterminé. Nous pouvons lui dire : "Regarde ou écoute en essayant de voir dans ta tête ce que tu regardes ou d'entendre dans ta tête ce que tu écoutes." Le voilà alors maître à bord : il peut prendre le pouvoir de sa propre pensée.

Le geste de mémorisation par la mise en projet :

Après avoir évoqué (fait exister dans sa tête) ce qu'il veut retenir, il faut qu'il s'imagine en train de s'en servir à l'avenir (se jouer la situation du lendemain quand il faudra réciter la leçon par exemple). Il faut enfin faire tous les allers-retours nécessaires entre la réalité (vérifiable sur les notes de cours par exemple) et l'image mentale qu'il s'en redonne (pour être assuré de la posséder avec exactitude).
Expliquons à notre enfant :
1. pour les retenir, fais exister cette image, ces mots, dans ta tête,
2. projette-toi dans la situation dans laquelle tu auras à t'en servir,
3. vérifie que ton projet correspond bien à ce qui se trouve dans ton livre ou dans tes cahiers.

Le geste de compréhension :

C'est s'approprier des explications, les transformer pour soi. Certains enfants comprennent par REPRODUCTION (ils se disent par exemple le théorème tel quel dans leur tête), d'autres par INTERPRETATION (ils transforment ce qu'ils ont perçu pour se le redonner mentalement).
Expliquons à notre enfant :
1. pour comprendre ceci, représente-toi ce que ça t'évoque dans ta tête,
2. réexprime-le à ta manière avec tes mots ou tes idées dans ta tête,
3. compare avec l'objet initial pour vérifier que ta traduction correspond bien à la réalité.

Le geste de réflexion :

Ce geste se sert de tous les gestes précédents pour la réussite d'un devoir ou d'une dictée :
Expliquons à notre enfant :
1. imprègne-toi de l'énoncé ou des mots dictés,
2. représente-les-toi visuellement, auditivement ou verbalement,
3. remémore-toi le théorème, la leçon ou la règle de grammaire que tu as appris,
4. utilise ta compréhension de la règle pour l'appliquer dans le contexte donné.


Le geste d'imagination créatrice :

C'est au moment de la perception que s'accomplit le geste mental qui déclenche l'imagination : s'il n'a pas été fait, il sera inutile de se creuser la tête pour trouver des idées par la suite. C'est avant même d'aborder le sujet qu'il faut se mettre dans l'état d'esprit, dans le projet mental, d'imaginer, de créer.
Expliquons à notre enfant :
1. N'aborde pas un sujet où il faut imaginer en ayant le projet de reproduire quelque chose de déjà appris ou connu. Dans ce cas, tu interdis à ton esprit de créer ou d'imaginer, tu le bloques.
2. Aie d'emblée pour projet de t'investir personnellement dans ce que tu perçois du sujet et traduis-le avec des images, des mots et des phrases à toi, ainsi tu autorises ton esprit à transformer ces images et à être créatif.

Observatoire pour l'étude du futur (oeuf)

Tout observatoire se définit traditionnellement par un "objet" qu'on découpe dans un champ de connaissance donné (observatoire astronomique, économique, linguistique), par un objectif à atteindre au moyen de l'action et de la méthode jugées les plus appropriées (scientifique, économique, politique) l'ensemble se situant dans une certaine conception qu'on se fait du monde et de la place que nous y tenons. Le site "Pour un observatoire-pilote", quant à lui, entend se distinguer de ce type d'observatoire : en renonçant à découper le champ de la connaissance en "objets" spécifiques, il s 'efforce de mettre au jour l'ensemble des phénomènes en interaction dans leur mouvement même, en renonçant à s'en remettre à des catégories ou à des genres fondés sur un mode de penser essentiellement rationnel, qui privilégie la relation de causalité et la logique binaire, il vise à envisager les phénomènes dans leur complexité en tenant compte de leurs fluctuations, de leurs turbulences, et, prioritairement, de leur périodicité.
Le site "Pour un observatoire-pilote"* vise, non plus à atteindre des objectifs donnés au moindre coût, mais à suggérer des démarches qui s'inspirent notamment de l'esprit de "serendipity" et des méthodes d'apprentissage automatique dont la fécondité ne cessent de s'affirmer. Il s'agit d'un projet en évolution permanente qui s'articule pour l'instant autour de 7 pôles :

1. Les Carnets/Regards: L'Observatoire se propose de réunir les carnets/regards de ceux qui s'attachent à débusquer les signes et les orientations qui émergent dans notre société en changement accéléré. Les Carnets sont destinés à recevoir les idées, les intuitions, les projets à l'état de notes, d'esquisses, d'essais, de mises au point
2. Les références:
1. quotidiennes du type " news on line ": visent à mettre au jour la "connaissance" dans l'esprit de "serendipity". S'inspirant des méthodes d'apprentissage automatique, un agent chaque jour filtre un ensemble de sites Web sur un champ d'observation fait de 7 rubriques : Genetics, Brain & Mind, Environment/Climate Change, Life & Health, Evolution, Physics , Space.
2. périodiques du type "revue" "journaux" , elles visent à éclairer les changements du savoir au fur et à mesure qu'ils se produisent au moyen des nouveaux techno-supports on line : revues, magazines, sites Web selon les "domaines" en mutation que l'on peut regrouper en pôles.
3. durables du type "encyclopédie" , elles visent d'une part à éclairer les savoirs qui se sont stabilisés au cours du temps; d'autre part à éclairer les formidables bouleversements en cours et dont l'"encyclopédie en ligne " est la vivante illustration.
4. problématiques de recherche
3. Vocabulaire : La rubrique "vocabulaire" n'entend pas faire le procès des innovations linguistiques, non plus que décider de la terminologie adéquate. Son propos consiste, à partir des termes en usage, d'en décrire la teneur selon le mouvement même du phénomène en cours.


Vierge à l'Enfant entourée des Saints (détail) - Piero della Francesca L'observatoire ne vise nullement à rivaliser avec les entreprises encyclopédiques non plus qu'avec les banques de données toujours plus nombreuses. Son objectif est d'instituer (non pas d'institutionnaliser) une recherche en commun à partir de la multidimensionnalité et de la complexité grandissantes qu'accroissent encore les technologies de la communication et des transports en pleine mutation.
Sa volonté est de tenir compte des différentes approches, non seulement du savoir, mais de la connaissance, ce qui implique la diversité aussi bien des angles d'observation que celle des observateurs animés par le même "souci de vision". Cette démarche s'inspire d'un esprit "humaniste" élargi. Il ne s'agit en effet nullement de revenir à un humanisme réducteur, tributaire du seul passé. Esprit humaniste donc qui, tout en tenant compte des valeurs de la tradition, prend en charge les valeurs en train de naître dans notre civilisation multiculturelle liée au développement des technologies, le respect d'autrui et le respect de la nature constituant deux pôles prioritaires. L'espoir qui fonde et guide l'ensemble de cette initiative est créer, à la faveur de l'Observatoire, les conditions propres à une meilleure compréhension du monde à venir en esquissant, autant que faire se peut, la "vision" (les visions ?) que l'on peut progressivement s'en former. A notre société en mutation répond l'instance d'une conscience en formation, comme l'a jadis rappelé exemplairement un Socrate.

Disruptive Technology

The concept of disruptive technologies, first developed by Harvard Business School Professors Richard S. Rosenbloom, Joseph L. Bower and Clayton M. Christensen, cuts across many industry types and time periods. A disruptive technology is a new product or innovation that sneaks into an established market because industry leaders fail to recognize the threat it poses. Since not all new technologies will be disruptive technologies, they are not always
easy to recognize. However, disruptive technologies that damage an
established company typically have three important characteristics: they initially underperform established products, they present new benefits that enable new applications for new customers, and their performance characteristically improves rapidly. The irony is that companies do not succumb to disruptive technologies because of a lack of foresight, management savvy, or knowledge of the market. Rather, they underestimate the role that the new technology may play in emerging future markets and choose to focus on developing the sustaining technologies that their customers want today. Sailing ship companies, steam locomotive builders, and disk drive manufacturers are just a few of the many industries that have failed to see that apparently marginal and inferior technologies can cost them their entire business.

1000 ans d’économie


Résumant les opinions des économistes sur les cycles de hausse et de baisse qui rythmeraient la vie économique, Nicolaï Dmitrievitch Kondratiev écrivait à peu près en 1928 : " Il y a ceux qui y croient, il y a ceux qui n’y croient pas et il y a ceux qui ont adopté la position... intermédiaire. " Citant cette boutade en introduction de son étude sur la problématique des mouvements de longue durée, Michel Morineau ajoutait qu’il n’était pas exagéré de dire que la situation était en gros aujourd’hui identique. Certes, le retour de la longue dépression, sensible depuis les années 70, a redonné du grain à moudre à tous ceux qui, au cours des arrogantes Trente Glorieuses, avaient subi les sarcasmes ou l’indifférence des économistes qui pensaient avoir définitivement remisé au musée l’étude des fluctuations économiques. Reste que les efforts conjugués de la science économique et de l’histoire économique pour traquer le temps long du monde posent toujours autant de problèmes méthodologiques. S’il est en effet relativement facile de repérer les crises, ces accidents agricoles, industriels, boursiers ou monétaires clairement datés et mesurables qui jettent le trouble dans les esprits et compromettent la sérénité de ceux qui pensent l’économie comme une science de l’équilibre, il est bien plus aléatoire de repérer ces fluctuations longues, ces trends séculaires qui, par essence, échappent à la perception des populations qui les vivent. " Sept années de vaches grasses, puis sept années de vaches maigres ", avait pourtant dit Joseph au pharaon, fort de l’expérience des marchands du pays de Canaan qui l’avaient amené en Egypte, il y a quatre mille ans. Un rythme des affaires si nettement marqué que les Hébreux l’avaient consigné dans la loi qu’ils se donnèrent, après l’Exode, pour prévenir le retour des crises périodiques, prescrivant tous les sept ans l’année sabbatique, un moratoire général obligeant les propriétaires à vivre sur leurs réserves pour les mettre à l’abri d’une mévente qui aurait fait que le prix de la récolte n’aurait pas couvert les frais de l’exploitation." Je vous enverrai ma bénédiction la sixième année et elle produira des fruits pour trois ans ", peut-on lire dans le Lévitique (XXV, 20 à 22). " Vous sèmerez la huitième année et vous mangerez de l’ancienne récolte ; jusqu’à la récolte de la neuvième année, vous mangerez de l’ancienne. " Le Lévitique marque une autre cadence dans l’économie : celle de cinquante ans. Comme s’il était admis qu’on doit se trouver tous les cinquante ans en présence d’une dépression plus accusée, après la quarante-neuvième année, qui est sabbatique, donc sans frais de culture, il est prescrit de sanctifier la cinquantième, l’année jubilaire, en s’abstenant de semer, moissonner et vendanger. Au-delà de la perception d’un rythme essentiellement agricole et de l’aspect symbolique des chiffres de ce calendrier qui correspondent toutefois, pour les premiers, aux cycles Juglar, du nom de celui qui les a étudiés au XIXe siècle, et pour les seconds aux fameux cycles Kondratiev, c’est bien la réalité d’une alternance entre croissance et dépression, années " heureuses " et années " piteuses ", qui reste au coeur de nos préoccupations. La plupart des auteurs qui se sont penchés sur ces problèmes sont d’accord pour faire du mouvement des prix l’un des meilleurs indicateurs de cette climatologie économique. En effet, contrairement à l’idée aujourd’hui trop admise selon laquelle la stabilité des prix est synonyme de bonne santé et l’inflation synonyme de mal épouvantable, force est plutôt de constater que, en longue durée, les périodes de hausse des prix sont simultanément marquées par un progrès de l’activité et des revenus. Siècles d’or que ces siècles de hausse des prix qui se sont étendus de 1250 à 1350, puis de 1510 à 1630, et encore de 1730 à 1817, et enfin, sauf au cours des années 1930, de 1913 aux années 1990. Siècles d’airain en revanche que ces siècles de stabilité ou de baisse durabledeprixquise sont étendus de 1350 à 1450, tout au long du siècle de Louis XIV et du XIXe siècle. Au-delà, en effet, des fièvres inflationnistes qui ont correspondu soit à des accidents météorologiques soit à des émissions exagérées de monnaie, comme à l’époque de John Law, de la Révolution française ou dans la première moitié des années 1920 dans l’Allemagne de Weimar, une inflation longue et limitée a des effets sociaux plutôt positifs. Elle soulage les endettés, encourage l’investissement, excite l’esprit d’entreprise et réchauffe les marchés, alors qu’au contraire la stabilité ou la baisse des prix ravit les créanciers, pénalise les jeunes qui ont besoin d’emprunter et décourage l’anticipation spéculative à la hausse qui, malgré toutes les critiques, reste l’un des meilleurs levains de la création d’entreprise. Sans doute faudrait-il aussi prendre en compte les flux de production et d’échange, bien mal connus pour les périodes anciennes, les données démographiques, sans doute fondamentales, ou les éléments climatiques, si bien mis en valeur par Emmanuel Le Roy Ladurie. Reste qu’il est illusoire de compter sur l’empilement des données et sur le raffinement des méthodes statistiques pour mesurer et dater avec précision ces fluctuations longues qui sont la frange obscure des mouvements de l’économie. Ou bien les fluctuations longues existent et les procédés les plus simples doivent les faire apparaître, ou elles n’existent pas et, dans ce cas, les procédés mathématiques les plus sophistiqués risquent d’en faire apparaître, rappelait Jean Bouvier au VIIIe colloque international d’histoire économique qui les avait mis à son programme à Budapest en 1982 . Force est seulement de constater, et c’est bien là l’essentiel, que la vie des hommes semble osciller au gré de mouvements périodiques infiniment recommencés, alors même que nous ne sommes capables ni de les comprendre ni de les contrecarrer. " Peu perceptible dans l’instant mais allant son petit bonhomme de chemin, toujours dans la même direction, le trend est un processus cumulatif, écrivait Fernand Braudel. Il s’ajoute à lui-même ; tout se passe comme s’il soulevait peu à peu la masse des prix et des activités économiques jusqu’au moment où, dans le sens inverse, avec la même obstination, il se met à travailler à leur baisse générale, imperceptible, lente, mais prolongée ; siècle après siècle, il s’avère un acteur important. "En mille ans d’histoire, on distinguerait ainsi quatre phases de croissance marquées de " vaches grasses ". La première, amorcée autour de l’an 1000, mais plus probablement au début du XIIe siècle, s’achèverait vers 1350, quand la peste noire ajoute ses funestes effets à la forte décélération de la croissance sensible aux alentours de 1300. La deuxième, ébauchée au milieu du XVe siècle, et plus sûrement au lendemain de la découverte du Nouveau Monde, à la fin du XVe, se terminerait vers 1600-1650. La troisième, amorcée vers 1730-1740, se briserait au lendemain des guerres de la Révolution et de l’Empire. La quatrième, enfin, amorcée à la " Belle Epoque " de la fin du XIXe siècle, s’achèverait... à la fin de notre siècle, quand le retour des prix bas et des taux d’intérêt élevés annonce des lendemains plus difficiles. Quatre phases de croissance, donc, mais aussi trois phases " dépressives " de " vaches maigres ". Entre 1300-1350 et 1450-1500, quand l’inclémence du ciel, la multiplication des guerres et le manque de terres grippent le moteur de l’économie occidentale et excitent les conflits entre les " menus " et les " gros ", les gens du " populaire " et les hommes " honorables ". Entre 1600-1650 et 1730-1740, au sombre XVIIe siècle, quand se dérègle le système atlantique et que la baisse des prix se conjugue avec l’accroissement de l’impôt. Au XIXe, paradoxalement, quand la révolution industrielle travaille au forceps une société largement hostile et fait croire à tous ceux qui observent alors l’essor du capitalisme, de Marx à Ricardo, que s’accroîtront l’insécurité de l’existence et la paupérisation. Depuis les années 1970-1990, peut-être, quand les effets conjugués de la mondialisation et de l’impératif financier mettent à mal les acquis de la société de consommation et lézardent les digues de l’Etat providence. Est-ce à dire que la tyrannie des mouvements longs, s’ils existent, doit nous inciter à la paresse ou à la désespérance ? Ce serait oublier que même si, à long terme, " nous serons tous morts ", pour reprendre la boutade de John Maynard Keynes, il reste dans le court terme, qui est le vrai temps de l’homme, de multiples possibilités de s’adapter au climat, et que, surtout, les périodes dépressives sont sans doute aussi celles de foisonnement culturel, comme si les ressorts de la pensée et de la création se tendaient alors pour faire oublier les humeurs capricieuses de l’économie.

samedi 16 juillet 2005

Convergence

Qu’est ce que le Net apporte par rapport au papier :
- Chaque article y est un work in progress comportant une mise à jour permanente ; il autorise dès lors une meilleure réactivité que le papier ; il promeut le journal par un système d’alertes sur l’actualité et un « push » du sommaire de l’édition papier ;
- Il lui permet de profiter de l’hypertexte (ressources externes, republication de papiers, mise en relation d’informations connexes), des bases de données (approfondissement des sujets par de la donnée brute, chiffrée, statistique, etc.), et d’une meilleure continuité pratique (on passe naturellement d’une critique à la réservation d’une place) ;
- Il règle les problèmes de place (on peut assurer une exhaustivité, publier des documents in extenso) ;
- Grâce à la généralisation de l’accès à haut-débit, il permet de profiter au mieux des ressources son, image, vidéo, infographies animées et interactives ;
- Il permet de toucher des niches et de s’approcher au plus près des préoccupation du lecteur grâce à la personnalisation (qu’elle soit géographique – info locale --, sociologique – infos sur mes semblables --, professionnelles – infos sur mon entreprise ou mon secteur d’activité --, centres d’intérêts, etc.)

Internet
- Profondeur (base de données)- Promotion (buzz) et vu/lu immédiat- Réactivité- Actualisation- Gestion du « débord » (documents)- Interactivité (forum)- Multimédia (photo, vidéo, son, infographies)

Télévision
- Promotion (visibilité)- Vidéo- Proximité

Radio
- Réactivité- Son- Proximité- Interactivité

Exemple du Washington Post : scoops sur médias « immédiats » radio, net (MSNBC, Washingtonpost.com), télévision (NBC), traitement complet dans le journal (Washington Post), update sur le Net (MSNBC, washingtonpost.com), documents sur le site (washingtonpost.com), audience nationale grâce à la télévision (NBC), audience internationale grâce au Net (MSNBC), audience locale grâce au journal et au Net (Washington Post, washingtonpost.com)

Exemple du TBO.com (Tampa Bay, Floride) :
- quand il y a un gros événement (scoop, actualité dominante, …), une organisation centralisée (Newscenter) se met en place automatiquement, avec:
Une rédaction en chef collégiale pour éviter les biais d’interprétation de l’événement ;
Un desk qui assure la veille sur l’actualité et recoupe l’information de manière centralisée ;
Des équipes de reporters multimédias (articles, vidéo, sons, photos, infographies) qui font remonter de l’info « brute » dont l’exploitation est mutualisée à la manière d’une agence de presse interne ;
L’édition reste décentralisée pour une mise en scène spécifique pour chaque support ;
Une série de chroniqueurs et d’éditorialistes apportent un ton particulier à chaque support.
- quand l’actualité est molle, l’indépendance des rédactions est assurée, mais :
Les rubricards des différents supports se connaissent et recoupent les infos entre eux ;
Chaque rédaction est représentée aux conférences de rédaction des autres pour informer et s’informer des angles et approches choisies (voire du meilleur support pour traiter une info en priorité) et partager les ressources lorsque c’est possible (gestion des absences et des congès) ;
Les services commerciaux, de communication, l’administration et la publicité sont regroupés.

Fonctionnement des services

PROGRAMMATION A PRIORI, PAS DE VALIDATION A POSTERIORI
On est passé d’un journal où l’on subissait l’actualité (peu d’anticipation, article de réaction et de commentaire, estimation de la longueur par le spécialiste sans véritable vision globale) compensé par un fort remodelage des articles (relecture/récriture chef de service, rédaction en chef, SR, correction ; hiérarchie au SR, coupe des papiers, arrêt des papiers ou passage en DH par le chef SR) à un quotidien bénéficiant d’une forte planification en amont (réunion de prévision hebdomadaire, trois conf par jour, chemin de fer, prémaquettes). On a cru que, parce que c’était prévu, c’était dans le journal => déception à la lecture du journal réel (consigne mal transmise, oublié, la curiosité vis-à-vis du sujet s’est perdu en route après en avoir entendu 3 ou 4 fois le récit aux confs, etc.) Mais pas d’outil de validation : l’édition (au sens large : chef de service, éditeurs, DA, …) n’a pas le loisir d’enrichir les papiers déficients, et on ne revient jamais dessus après le bouclage. Il faudrait se doter d’une instance de débriefing pour évaluer ce que l’on a publié et réflechir aux moyens de l’améliorer, de prévoir un meilleur traitement à l’avenir, bref, d’emmagasiner un acquis au lieu de réinventer chaque jour et de répéter nos erreurs.
SE REAPPROPRIER
Comprendre comment le journal se fait et savoir qu’on fait partie d’une chaîne d’opération : avant la mise en place d’Hermès, on ne pouvait traiter plus de 18 pages le matin, aujourd’hui, il peut nous en rester 20 à 10h35, avec des rédacteurs écrivant toujours 5 minutes après l’heure du BAT des papiers qui ne seront pas relus ni corrigés.
Séparer les activités de rédaction et d’édition (le rédacteur fournit des sujets clés en main : écrit dans la forme, imagine le découpage, choisit le mode de traitement, voire titre ses papiers => pas de distanciation => on publie, que les choix soient judicieux ou non car l’espace est programmé, il faut le remplir (pas de marbre : flux tendu, on ne commence à écrire que quand on est sûr que le papier passera, soit deux heures pour finir d’enquêter, écrire, relire, éditer, corriger, envoyer à Ivry et pas de temps pour changer si le papier ne correspond pas aux attentes).
Assainir les relations : toute critique d’un papier est perçu comme une remise en cause personnelle. Il faut considérer la formation comme l’occasion d’évaluer, d’évoluer et donc donner des perspectives.
TRANSVERSALITE
Ne plus penser en termes de territoire (pages Inter, France, Régions, Entreprise ou Sciences) mais d’histoire (à la façon des newsmagazines) avec des éclairages étrangers, locaux, politiques, économiques, scientifiques).La séquence (unité de narration de l’actualité) ne doit pas se confondre avec le service (communauté humaine).
GESTION HUMAINE
Direction de la rédaction et spécialistes : deux autorités entre lesquelles la hiérarchie intermédiaire a renoncé à exister. Elle doit de nouveau assumer son rôle de choix et sa responsabilité de cohérence avec le reste du journal. Mais rédacteur sait qu’il suffit de contourner son chef pour obtenir gain de cause => relations directes qui exposent trop la direction de la rédaction (personnalisation excessive rendant responsable des succés et des échecs, alors que l’œuvre est collective). Il faut retrouver des niveaux de décision, chacun pouvant se déjuger après débat, mais pas être déjugé.
Conf publique => kremlinologie : il faut régler les choses avant la cérémonie.
LE JOURNAL DE DEMAIN
CONCURRENCE
Evolution du style de vie des lecteurs. La tendance est à la miniaturisation et à des objets plus maniables lors des déplacements. La diffusion des journaux baisse parce qu’ils n’ont pas écouté cette évolution. Les éditeurs doivent comprendre qu’ils ne sont plus dans un marché de presse quotidienne, ni même dans un marché de médias mais dans un marché du temps : ils sont en concurrence avec tout ce qui se consomment pendant le temps libre. Partout dans le monde, ceux qui résilient leur abonnement donnent la même raisons : je n’arrive pas à lire le journal (pas le temps, pas les moyens). Logiquement, on doit donc proposer un journal plus petit et moins cher, alors que la plupart des journaux font le contraire : plus de contenu pour plus cher. Etude de l’Association mondiale des journaux (WAN) montre que ceux qui augmentent leur diffusion sont ceux qui cherchent à toucher plus de femmes en renouvellant leur traitements, leur sujets et leur utilité.
Le mode de lecture des gratuits et des sites Web devient la nouvelle référence, donc il faut se situer par rapport à eux : navigation par sommaire (mini-synthèse des articles pour scanner le contenu de l’ensemble du journal en deux minutes, puis consultation au long de deux ou trois articles choisis que l’on lit complètement (=> nécessité de prendre le lecteur par la main et de le guider dans la lecture de l’article par des astuces graphiques, résumés, points saillants, relance, ton du récit, mais pas deux papiers de même longueur sur deux angles différents : du contraste= un papier principal et des points d’entrée dans le sujet). Déhiérarchisé (choix fait par le lecteur), pas de début et de fin mais multiplication des entrées. Pas forcément copier, mais intégrer ce mode de navigation dans la réflexion. Retravailler les points de passage entre Net et journal. Jouer des complémentarité (ce que peut, ne peut pas faire l’autre ; temporalités différentes, maniabilité) : on doit proposer une continuité de lecture sur tous les supports en fonction de besoins distincts à des moments différents de la journée.
Gratuits ont compris que les modes de vie s’uniformisait et que le critère de proximité devenait moins pertinent. C’est l’universalité d’un sujet ou sa proximité sociologique (quel effet sur ma vie) qui compte.
Exemple titraille : dans un marché du temps le principe de l’incitation est dépassé (sauf en une, où c’est un principe de marketing et non d’utilité qui doit prévaloir) : on ne peut plus compter que le lecteur lira des pages entières au long ; il faut alors lui donner des niveaux de lecture, tous strictement informatif pour qu’il puisse éventuellement se passer de lire l’article sans se sentir frustré d’avoir disposé de beaucoup de matière intéressante qu’il n’a pas eu le temps de lire. Repousser la logique publicitaire dans la titraille (façon Libé) pour permettre compréhension immédiate et permettre de pousser plus loin si le sujet intéresse.
Presse de qualité doit se distinguer en se concentrant sur ce que les gratuits et le Net ne savent pas faire/ne veulent pas pour une question de coût : audiences de niche (car audience globale visée, CF LAT), spécialisé/expert (mais Net peut le faire), crédible.
RECONQUETE
Expertise (magistère, notoriété, apporter le crédit du Monde dans un flux d’infos continu)et édition.
Ne pas singer les journaux spécialisés mais développer un ton à nous (ex : sport : ton l’Equipe pas adapté, car le lectorat n’est pas le même, donc on s’adresse aux lecteurs de l’Equipe et pas à ceux du Monde).
Repartir à l’écoute du lecteur vs décisions à l’intuition : journal écrit par des hommes de 40/50 ans pour des hommes de 40/50 ans. Moyen simple : trouver quelques profils intéressants dans tout le pays, leur offrir Le Monde contre la participation à des focus group pour objectiver nos intuitions.
On répète sans cesse que le lecteur est conservateur, donc on ne bouge jamais, alors que c’est surtout la rédaction qui est conservatrice.
PERCEPTION OBJECTIVITE
Qualité, capable de questionner et subvertir vérités établies, bousculer, enquêter
« Clinique sur les faits, en empathies quand on parle des hommes, analytique/expert dans le commentaire »
Ce qui nous définit, ce n’est pas la rigueur, mais la hauteur de vue (=> moralisme)
Retrouver le ton de la presse de qualité (pas péremptoire, argumenter avant de juger)
Eviter le feuilletonnage qui donne l’impression de l’acharnement et rassembler les infos quand on dispose d’une enquête complête.
Attention à la manie d’« incarner » les sujets. Un effort louable de passer des idées aux histoires et des histoires aux personnes pour « attraper » le lecteur. Juger les actions et les idées, non les hommes (risque de « chasse à l’homme »).
REACTIVITE : CULTE DE LA PERFORMANCE INUTILE
Présenter les dernières infos… au moment du bouclage.
- Pas pertinent pour le lecteur qui n’aura le journal en main que plusieurs heures plus tard, après avoir eu accès (Net, radio, télé, SMS) à des infos forcément plus fraîches).
- Plus récent possible ne siginifie pas plus juste, mais retard signifie forcément moins crédible (pas de relectures, petites erreurs, fautes d’orthographe sapent notre discours). => Papier non écrit au moment du menu (qu’on en peut juger sur pièce) ne concourre pas pour la publication.
PAGINATION
Pagination gérée au plus juste en fonction des menus mais aussi de notre connaissance des capacités des services (=> INT bien organisé bénéficie d’une place généreuse ; ENT ou FRA étriqué car n’arrivent pas à gérer une pagination importante => Pas de place et démobilisation des rédacteurs et baisse de la qualité fournie) On se prive de la possibilité de faire un meilleur journal dans la crainte de ne pas réussir à un faire un valable.
Structure 32 pages pour un budget de 27+pub, date d’une époque où on avait la pub pour en publier 40. Si le niveau de pub reste bas, il faut dérigidifier la structure (moins de rubriques).
Attention aux augmentations de pagination pour des besoins d’affichage (ex : séquences préfèrent 5 pages avec 4 news que 3 pages vierge)
FORMULE
Formule de 1995 toujours d’actualité (ouvertures marquées, nombreuses entrées, niveaux de lecture), mais rigidifié à outrance en 2002 : rien n’émerge, ne permet pas de mettre en valeur nos plus => trouver des principes de traitement déclinables et non des boîtes toutes faites.
Ce n’est pas le papier long qui nous plombe mais l’uniformité « tout à 120 lignes » : trop long pour démarche d’information, trop court pour plaisir ou approfondissement. Plus de contraste entre des papiers « zapping » courts (What’s new du WSJ) et des papiers très écrits (Features et In depth du WSJ).
DEROULE
Première partie citoyen : Inter-UE/Fra-Soc-Rég/Economie/Enquête, qui clôt la séquence d’actu par du magazine, cohérente
Trait d’union Horizons : commentaires et analyses
Deuxième partie individu : Sport/Sciences/Mode de vie/Culture, manque une partie parlant de l’entreprise comme lieu de vie
Troisième partie services : Guide culturel, Télévision, Météo-Jeux-Agenda, Carnet
Manque DH : Scan des nouvelles
SIMPLIFIER VIE DU LECTEUR
Flexibilité dans la distribution, options d’abonnement, produits et règlements (Zero Hora : 7 options d’abonnement : uniquement le jour du Sport, le dimanche et le lundi, le « Zero Hora Light », petit format, moins cher, pagination réduite et 18% des ventes)

Deux Monde

Etudier la façon de construire Le Monde si deux éditions cohabitaient : un petit format du matin, de faible prix (0,50 €) et de faible pagination (32 pages, soit 16 pages grand format, sans supplément), concentré sur l’actualité chaude et le pratique immédiat ; un grand format du soir à 1,20 €, de pagination moyenne (32 pages comme aujourd’hui, avec des suppléments « de niche » -- sports, mode de vie , livres, conso-loisir , placements) voué au décryptage de l’actualité, à la réflexion et à la découverte.
L’objectif n’est pas d’aboutir réellement à deux éditions publiables mais de faire tourner ces modèles pour voir comment se comportent, en termes de hiérarchie et de répartition de l’info, de mise en scène et de contenu, ces éditions pour lesquelles on se débarrasse des contraintes des « passages obligés ». Etant entendu que le journal le plus prometteur ne sera pas forcément le plus différent de celui que nous publions actuellement, mais que le fait de concevoir différemment ces journaux nous aura permis d’imaginer sans entraves et éventuellement de tester le désir de lecture (impulsion d’achat) et l’effet d’image (désir de faire partie de la communauté des lecteurs) de l’un comme de l’autre.

En élaborant un petit format, il s’agit d’introduire des éléments de lecture rapide et complète de l’actualité, d’expérimenter de nouvelles façons de titrer, de construire un article, lorsque l’on sait que le lecteur possède déjà un certain nombre de prérequis, qu’il lit dans un contexte et un milieu donné qui n’est pas neutre ni vierge d’informations.
Il convient aussi de baisser le volume de lecture en donnant l’impression d’un contenu plus riche. En somme, il n’y a pas lieu de refaire le Monde en miniature mais de combiner ce que peut être un journal d’actualité dans un environnement surinformé (radio et télé d’info continue, dépêches et images d’agences largement disponibles en temps réel sur le Net, journaux gratuits en expansion) à l’image et l’histoire d’un titre, à des codes de lecture préexistants et structurants et à un ensemble de signatures connues et connotées pour le lecteur.
Il faut enfin élaborer une navigation horizontale, où le chemin de fer et la maquette fait alterner les rythmes et multiplier les surprises au détriment d’un déroulé répétitif d’un numéro sur l’autre, qui, pour permettre au lecteur de se repérer par l’habitude lui donne aussi une impression de l’inutilité de lire chaque jour un Monde qui ressemble à celui de la veille. On pourrait ainsi explorer la piste de rendez-vous fixes disséminés comme des points de repère entre des moments de lecture plus approfondie et des sujets moins attendus.

Le grand format comprendrait, lui, un premier cahier généraliste de 32 pages s’adressant à tous, utilisant le langage commun et prenant l’info du minimum de connaissances commun à tous les lecteurs ; un deuxième cahier quotidien cultiverait les lectorats de (larges) niches en utilisant une formulation, une maquette plus spécialisée et jouant sur l’expertise afin de toucher les marges de notre lectorat et d’amener ces lecteurs irréguliers, occasionnels, voire ces non-lecteurs à se rapprocher progressivement du cœur du lectorat ; un éventuel troisième cahier de format poche, agrafé, serait adapté aux contenus plus pratiques (programmes télé, radio, spectacles, etc. et événements) demandant à être conservé un peu plus longtemps et manipulé de nombreuses fois par plusieurs personnes différentes.
Cette édition reposerait sur trois piliers, pas forcément consécutifs pour éviter un didactisme abusif : apprendre (l’actualité brute, de lecture rapide et de choix pertinent. Par exemple : les tendances de l’actualité réglementaire dans l’UE, les sujets émergents en régions, les sommaires des revues scientifiques, les choix de programmations culturelles) ; comprendre (des grilles de lecture, des points et des rappels pédagogiques, des argumentaires comparés, des entretiens avec des spécialistes et des contributions éclairantes) ; découvrir (des sujets pas forcément datés ni obligatoires mais qui permettent d’approfondir un dossier plus large que les événements qui les ont mis au jour, des articles pas forcément important mais éveillant la curiosité, des moments de plaisir de lecture)

Pour un Monde utopique

Pour la plupart de ceux qui ont trouvé leur place dans la société avant la généralisation d’Internet et de ses formes propres (forums, weblogs, podcasting…), le support matériel (livre, journal, disque …) reste le support légitime de diffusion de l’information. Et même s’ils lisent l’information en ligne ou s’ils téléchargent de la musique, ils impriment les articles ou gravent des CD. Mieux : plus cette population a accès à l’information, à la musique, plus elle est tentée de valider cette information par l’achat.
Ces générations-là – grossièrement, les plus de 30 ans – sont une source de revenus solvable pour la presse dans les dix-quinze ans à venir, et il faut leur proposer une offre adaptée, audacieuse, certes, mais dans la continuité de ce que nous leur proposons actuellement. Leur reconquête passe par une restauration de la crédibilité du journal (le lecteur, demandeur d’informations, doit préférer les lire chez nous).
Les générations suivantes substituent à ce fétichisme de l’objet celui de la marque. Pour s’insérer dans une société devenue économiquement morose après la fin de l’euphorie des dot.com et politiquement incertaine après le 11-septembre (notamment au prix d’un brouillage des opinions acceptables et de celles qui ne le sont pas : antisémitisme, vote Le Pen, théories du complot…), elles ont besoin de repères que Le Monde peut leur fournir comme marque de distinction (tout comme Nike ou Apple, au demeurant).
Pour cela, il convient de ne pas leur vendre des produits mais une continuité de services d’information qui leur permet de se caler avec le monde partout et à tout moment (effacement de la limite public/privé : Le Monde au bureau, dans les transports, dans la rue, chez soi) et selon le mode de diffusion pertinent (de l’infographie pour expliquer, de la vidéo pour raconter, du son pour témoigner, de l’écrit pour analyser, des objets pour conserver).
Il s’agit alors d’une information fluide, communautaire, personnalisée, circonstanciée et immédiate (prescription : ceux qui apprécient habituellement les mêmes informations que moi consultent actuellement telle autre information). Ce profilage pour la « lecture », pour la consommation d’offres griffées Le Monde permet bien sûr d’en faire profiter la publicité (ciblée), le marketing (offres appropriées) et le commercial (gestion fine des points de distribution).
Ces générations à venir ont intégré la notion que l’information était gratuite, au moins en apparence : on la paye sous forme de forfait (pas d’acte d’achat impliquant) ou d’échange d’informations (on cède ses données personnelles en échange d’un service, donc une part de son espace intime : c’est, pour le courrier électronique, la possibilité d’être spammé). Ni l’abonnement traditionnel ni l’achat en kiosque ne répondent à cette logique : la vente au numéro demande une impulsion alors que le « lecteur » est déjà sursollicité (information abondante, gratuite, personnalisée et arrivant à demeure) ; l’abonnement n’est pas personnalisable et imposent une régularité vécue par ces générations comme oppressante et culpabilisante (« on n’a pas le temps de tout lire »).
On peut alors envisager des formules de parrainage ou de prépaiement : un passe type Navigo (RATP) permettrait d’acquérir de manière « indolore », voire sans contact, l’accès à la communauté Monde grâce à une offre personnalisée et non correspondant à l’idée que nous, rédaction du Monde, nous faisons de ce qui intéresse tel profil sociologique (contre Bourdieu, on voit aujourd’hui que le capital culturel, social et économique ne détermine plus les goûts et les usages culturels) ou telle population circonscrite géographiquement (contre le mort-kilomètre, les intérêts se mondialisent).
Cela peut même être modulé par ce que le lecteur offre en retour (sa disponibilité, sa participation à la communauté, son attention à la publicité, le ciblage précis des annonces…).

Tabloids suite

Pelle Anderson (Metro & al.)
En Suède, 5 journaux sont passés au tabloïd (bientôt 6).
Les quotidiens du soir sont passés en petit format rapidement, mais les quotidiens du matin sont longtemps restés en grand format par crainte d’être associés aux « tabloïd » cheap.
Tous les journaux suédois sont agrafés ou collés
· Goterborgs Posten : A gardé l’édito à sa place traditionnelle (en p. 2), mais les nouveaux tabloïds ont tendance à le place en avant dernière page.
La maquette s’organise par double page (le titre et la photo courent sur les deux pages pour les réunir visuellement)
Maquette 4 cols, ce qui est la justif optimale (lisibilité typo) d’un tabloïd, mais peu flexible pour la maquette. Ils compensent cela en utilisant en extérieur de la page une colonne de brève ferrée à gauche (texte des articles justifiés) et en ménageant une forte gouttière entre cette col et les articles. Le modèle 5 cols est plus dynamique et permet un bon compromis dynamisme/lisibilité
Annonces triangulaires.
Propose un guide pour s’orienter dans le journal (un chemin de fer/sommaire/résumé des infos) en page intérieure.
· Sydsvenskan Dagbladet. Passé au tabloïd sans problème publicitaire (car il avait peu de publicité avant de changer de format).
Maquette conservatrice mais utilisation intelligente de la photo.
P2 édito + guide de contenu du journal (4 cahiers, env. 120 pages)
5 cols. Garde à peu près la justif d’avant, ce qui lui a permis de ne pas trop modifier le rythme de lecture.
Les photos traversent la marge centrale des doubles, mais pas de légende sur 2 pages. Ouverture de séquence : double col de brève extérieure + corps 3,5 cols (3 cols + une demi col pour les clés, photos, infographies, etc.)
Méthode
1. Pourquoi changer de format ?
Est-ce une demande des lecteurs ?
Pour les annonceurs : le prix au millimètre est plus élevé => perte de 10% et + de revenu publicitaire.
Le journal perd 10% de la surface imprimable (marges intérieures).
Il faut écrire deux fois plus d’articles « leader » pour tenir les pages, deux fois plus de pages à envoyer à l’imprimerie. Beaucoup plus de photos. Et des horaires de remise de copie et de bouclage plus strict.
La plupart de ceux qui ont changé de format n’étaient pas en situation de danger, mais de réflexion à long terme => est-ce le bon moment ?
2. C’est l’occasion de nettoyer la maquette. En profiter pour se débarrasser des éléments superflus, s’inspirer des idées qui marchent chez les concurrents et les « mettre à l’échelle » du nouveau format (réduire le corps, la taille des photos, … => le temps de recherche photo et d’enquête journalistique est le même, mais la taille de chaque élément moindre). Attention à ne pas abandonner ce qui fonctionne bien (ne repartez pas de zéro uniquement parce que votre maquettiste en a décidé ainsi. La continuité n’est pas forcément le conservatisme. Soyez conscient de vos points forts aussi bien que de vos faiblesses.)
3. Garder son identité. Si on est un journal sérieux, il faut à tout prix éviter la pédagogie inutile (ex. Donner trop d’espace à la photo, au corps de titre, multiplier les photos n’apportant rien, la multiplication des inters, les paragraphes trop courts : overkill) Assurez-vous que vous ferez bien le même journal en diminuant le format.
4. Il faut installer un fort contraste entre des grandes photos de qualité et des vignettes moins utiles pour leur contenu que pour guider l’œil du lecteur dans la page, ménager du blanc face au gris du texte, ajouter plusieurs niveaux de lecture, multiplier les entrées. Considérer que le lecteur est intelligent mais pressé (il veut s’y retrouver vite mais ne pas être pris pour un imbécile), déjà informé, mais pas forcément bien (sortir les éléments clés, les points critiques et qui font débat). Ne repensez pas la formule sans repenser l’iconographie (une maquette novatrice et une ligne iconographique datée ne peuvent pas cohabiter ; l’anticipation est le seul moyen d’obtenir de meilleures photos ; Il faut dénombrer ce qui est représenté (hommes, femmes, vieux, jeunes, blancs, noirs) et le comparer à la composition de son lectorat (identification possible ?) ; toujours garder de la place pour la surprise.)
5. Alterner articles courts et longs. (Ne vous focalisez pas sur la maquette en oubliant le déroulé et le rythme. Le déroulé fait partie de l’image de marque ; sans rupture, pas de structure ; la navigation doit être facile à comprendre et créer un rythme).
Notamment planifier dès la commande les longueurs et étaler les heures d’arrivée de la copie pour ne pas subir les articles longs qu’on ne peut plus refaire faire, ou couper, ou saucissonner (méthode du coaching : avant toute enquête, le rédacteur rempli un papier où il indique le sujet, la date optimale, l’angle prévu, la longueur que ça vaut ; il le modifie après recueil des infos, et le choix de passer ou non l’info est fait en conf sur ces éléments, en vérifiant que l’angle tient toujours et la longueur prévue est pertinente dans la hiérarchie de l’info).
Découper les articles longs en plusieurs petits, transformer les fenêtre en infographies, prévoir l’espace de la photo (mais s’il n’y a pas de bonne photo, prévoir du marbre et publier la page sans photo : il n’y a jamais de bonne raison de passer de mauvaises photos).
La double page est l’unité de base du tabloïd (une même personne édite les deux pages face à face)
6. Il faut toujours au moins une bonne histoire pour tenir la page.
Créer 5 ou 6 prémaquettes et se tenir à ça. On a alors plus de temps pour éditer les papiers, sortir des éléments du texte pour un traitement typographique (un chiffre, une citation), infographique (des chiffres, un schéma) ou photographique. (page optimale 3 articles + 5 brèves). En petit format, chaque élément de la maquette devient plus fort.
7. Deux fois plus de pages => pour que le lecteur s’y retrouve, créer un rythme, une structure claire pour lui. Il faut trouver un moyen graphique de faire courir un sujet sur plus d’une double au besoin (ex : les couleurs dans les événements de Libé). Créer des ouvertures de redémarrage de la lecture. Utiliser la pub en fermeture de séquence).
8. Opter pour une justif qui assure 30 à 35 signes par ligne (=> pas de 6e colonne). Le petit format requiert une typo de texte plus grosse car si on ne plie pas le journal, on le tient plus loin de ses yeux et si on le lit plus dans le métro (puisqu’il est plus maniable), il faut faire avec le mauvais éclairage => le rendre plus lisible. Bannir le caractère sans empattement dans les textes et prévoir un interlignage plus important pour les brèves. La mode, spécialement en matière typographie, peut être un piège (trouvez votre personnalité mais écartez ce qui peut sembler étrange, intrigant ; évitez les polices à la mode dans les journaux ; excluez les polices utilisées par les annonceurs)
9. N’oubliez pas l’objectif et conservez le cap. Il faut un an d’accompagnement de la formule pour l’aider à s’installer. La précipitation n’est pas la solution, mais ne décevez pas en faisant des choix de compromis. Demander l’avis des gens ne signifie pas leur laisser le pouvoir de décider ; faites savoir dès le départ qui tranchera. N’échouez pas en ayant mal mesuré le temps nécessaire ou en manquant de temps (la prise de décision peut prendre beaucoup de temps ; et la pédagogie auprès de la rédaction plus encore.) Ne croyez pas que le changement de formule est achevé lorsque le n°1 est sorti. Programmez des évaluations régulières ; donnez aux innovations le temps de s’installer ; abandonnez les innovations qui ne marchent pas à long terme.

Un quotidien payant dans un univers où les gratuits existent doit être plus spécialisé (l’info généraliste disponible partout sans payer, elle est alors sans valeur ; le local, l’exclusif, le reportage, l’analyse coûtent trop cher à produire pour un gratuit)
Dans 5 ans le broadsheet aura disparu en Europe, mais ça ne sera que la première étape : ce développement est lié à l’évolution du style de vie des lecteurs. La tendance est à la miniaturisation et à des objets plus maniables lors des déplacements. La diffusion des journaux baisse parce qu’ils n’ont pas écouté cette évolution. Les éditeurs doivent comprendre qu’ils ne sont plus dans un marché de presse quotidienne, ni même dans un marché de médias mais dans un marché du temps : ils sont en concurrence avec tout ce qui se consomment pendant le temps libre. Partout dans le monde, ceux qui résilient leur abonnement donnent la même raisons : je n’arrive pas à lire le journal (pas le temps, pas les moyens). Logiquement, on doit donc proposer un journal plus petit et moins cher, alors que la plupart des journaux font le contraire : plus de contenu pour plus cher. Aujourd’hui, ils en paient le prix. Pire : ces dernières années, la seule réponse et le remède miracle à été le changement de formule graphique. Le succès de Metro montre qu’il faut repenser globalement les journaux : déroulé, rythme, maquette, visuel, façon d’écrire et de titrer.
Il faut absolument privilégier le contraste entre des articles très courts et des enquêtes au long cours (Metro s’organise autour d’une double page hors norme, conçu comme une surprise quotidienne). Le premier problème lors du passage au petit format est que l’on double la pagination ce qui impose d’inventer une façon d’aider le lecteur à s’orienter dans ce déroulé et un mode de navigation beaucoup plus explicite. Par exemple, une différence plus marquée entre des articles qui « tiennent » la page et le reste. Idéalement , une page doit proposer entre 7 et 12 entrées, donc si l’on compte 2 articles principaux il faut au moins 5 petits modules. De plus, il faut tenir compte du fait que sur une page de grand format on peut multiplier les angles. Dans les petits formats, tout ce qui est naturel en grand demande un effort supplémentaire de mise en scène et une maîtrise totale du processus de réalisation.
Il faut repenser le séquençage du journal. Le journal dont je m’occupe actuellement présente 3 parties : 1. toute l’actualité ; 2 culture, analyses et débats ; 3. un sujet décalé chaque jour, une découverte.

Frédéric Filloux (20 minutes)
Format demi-berlinois. Lancé en mars 2001. 32 pages en moyenne, mais volonté de monter à 40 ou 48 pages à terme.
Aujourd’hui publié dans 6 villes (Paris, Lille, Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse). Les unes et pages locales changent dans chaque édition. 56 personnes + 25 pigistes, 47 cartes de presse, 15 correspondants régionaux.
Mandat : créer le premier journal (en lectorat) pour les moins de 35 ans sur son bassin. (moyenne d’âge 33 ans, 48% de lectrices vs 38% en moyenne PQN, 2 M de lecteurs au niveau national)
Presse nationales vue par moins de 35 ans, dans l’ordre décroissant : déconnectée du lecteur, élitiste (écrit pour les insiders), propose un contenu sinistre (choix sujet), difficile d’accès (format, taille papier), chère par rapport au service rendu, d’une utilité discutable pour le lecteur (qu’est ce qui est le plus intéressant à savoir pour le lecteur cible, par rapport à la fonction du quotidien, de son utilité concrète et immédiate pour le lecteur) => pénétration en baisse, surtout chez moins de 35 ans.
Lecteurs de 20 minutes : 60% disent qu’ils ne lisaient pas de quotidien avant 20 minutes, 78% chez les femmes.
Principe : double appel : donner au lecteur ce qu’il besoin de savoir en fonction de son contexte de vie => anticiper l’actualité entendue le lendemain matin à la radio ; introduire la notion de plaisir dans la hiérarchie de l’info (gestion de la curiosité, donner au lecteur ce qu’il aura plaisir à apprendre), le journaliste n’a pas raison contre le lecteur, faire des choix plus affirmés).
Confiance : construire crédibilité, donc pas laisser le doute s’insinuer sur les pratiques journalistiques, charte de pratiques vis-à-vis de la communication et promo, politique de recrutement.
Le lecteur doit se sentir concerné, gratifié (cible marketing vs cible réelle, ne pas avoir honte de lire ce journal), armé pour la vie de la journée (informé)
Formule 20 minutes : news essentielles (Monde, France, éco) ; News you can use (guides, sites, téléphones, …) ; news locales pour ancrer le lecteur ; newsfun pour accrocher le lecteur
Design pratique : format demi-berlinois, séché, collé, séquençage rythmé, politique de photo forte (choix), couleur
Adaptation du langage : ex : emploi. Lecteurs plusieurs travail, envisagent d’évoluer (Fig entreprises : l’actu heureuse de l’entreprise ; Libé emploi : monde du travail = harcèlement, chômage, …) => ligne 20 minutes : les outils pour se former, trouver un emploi, pratique => petites annonces emplois très lucratives. Moyens de rendre discours plus tonique (pas forcément béat mais actif)
Longueur papier : saucissonner le sujet : un papier, une fonction :
Priorité d’un traitement : quel lien avec l’actualité, quel angle le plus approprié (place comptée => choix le plus pertinent), quel profit pour le lecteur (qu’est ce que l’info signifie pour vous, quelles conséquences pratiques)
Traitement : quel découpage (exposé, témoignages – itw, verbatim, data, clés, ailleurs ou en région) ; contexte (une page, deux ?), outillage infographique ; photo. Ex UFC : libé (1 article + 1 encadré :8,5 feuillets, 4 personnes cités, 1 image d’illustration caddie), 20 minutes 3papiers, 3 encadrés, 4 personnes citées (sur 7 itw) 5 images réelles (tête itw, photo UFC)
Choix photo : photo, sens, légèreté (insolite, qui fait parler)
Fait divers : est-ce que ça traduit quelque chose de la société/est-ce que le lecteur peut s’identifier/utiliser l’info (arrêter la gazette police, justice)
Utilise un panel de 3000 internautes pour ne pas se déconnecter du lecteur et de ses préoccupations => Internet permet vu/lu immédiat et éventuellement feedback (labellisé CESP). Pour régionales, interrogés sur les motivations du vote
Tout le journal préformaté (160 gabarits) + DA pour inventer des pages spéciales et rectifier des éléments
Journaux américains (WP>The Express à Washington) songent aux gratuits pour rajeunir leur lectorat comme en 1995 le site Internet et les ramener vers le navire amiral. Essentiel car, si le lecteur n’est pas « attrapé » avant 20 ans, il ne viendra jamais.

Peter Rothenbühler (Le Matin, Suisse)
Zurich : le matin dans le Metro, tout le monde lit 20 minutes. Edipresse-> 130 titres en Europe, 20 en Suisse, 1er à tenter le petit format dans les années 70 => échec car opposition des publicitaires (réticence mais aussi pb technique de réduction simple des formats de pub)
S’il fallait refaire passage au demi-berlinois, nous prendrions plus de temps pour préparer le changement et nous formerions nos équipes dès le départ.

Préjugés qui ont empêché l’évolution avant que les gratuits ne précipitent l’évolution :
1 : tabloïd = trash (le petit format AGRAFE est plébiscité par les lecteurs, qq soit le contenu, pour une question pratique de lecture dans les transports) ;
2 : Petit format = gratuit = journal au rabais (nombreux journaux payants sont en fait gratuits : dans l’entreprise, dans les hôtels, les avions, dans les facs…) ;
3 : Comment conserver son identité en changeant de format (garder le même contenu dans un format réduit : Times, Blick, Independent l’ont fait au début, mais pour retrouver le titre, l’identité, il faut réinventer totalement le journal pour l’adapter – maquette, photo, déroulé=> le jugement des lecteurs a ainsi montré que les doubles pages doivent être monothématiques (même séquence, même tonalité : rejet total de la coexistence du tragique et du badin). Pb : relation/champ visuel du lecteur – gd format : indépendance page de droite-de gauche ; - petit format, vis-à-vis doivent être dans la même ambiance (la page de droite entre dans le champs visuel=> pas mort Arafat à gauche et fait div à droite) ;
4 : les annonceurs refusent le petit format (faux si convaincu que toutes les pages seront lues et plus par des jeunes, => utiliser des sondages lecteurs pour les convaincre) ;
5 les vieux ne supportent pas le changement (préjugé de journaliste : les vieux lecteurs ne s’aperçoivent pas forcément de ce qui semble essentiels aux journalistes parce qu’ils sont des professionnels de la presse et tout le monde est habitué à l’évolution des produits de consommation, journaux compris) ;
6 : On doit faire un énorme effort de pub pour informer lecteurs et annonceurs (faux : c’est en interne, aux journalistes que la pédagogie doit être organisée, pour qu’ils vous aident à appliquer chaque jour cette nouvelle formule, car les journaux agréables à lire sont désagréables à faire : il fait travailler plus – plus d’articles, de photos --, plus vite – horaires de bouclages plus stricts car plus de contraintes, de pages --, se parler plus – plus de page => coordination essentielle -- , décider plus franchement – place comptée => vrais choix à faire --, car en petit format, tout se voit.
7 : le tabloïd c’est bien, mais le demi berlinois, c’est trop petit (question de perspective : broadsheet lu à bout de bras et demi-berlinois de près, c’est la même chose).

Le dimanche, Le Matin reste en grand format en 5 cahiers car pas dans les transports, en semaine en petit format et en un seul cahier, car tramway.
2001 : gd format tirage 56 000 ; 2004 petit format 70 000 (lancement 11 septembre 2001)
On ne voyage pas sur une double page de petit format : une seule grande photo, même une mauvaise pour diriger l’œil du lecteur. Un choix très fort.
Ne pas craindre les formats de pub biscornus car les autres journaux les refusent donc les annonceurs ne les proposent pas, mais le journal bénéficient d’une bonne réputation chez les annonceurs. Réduction de 25% des tarifs de pub au mm, mais rétrospectivement, 10% auraient été suffisants.
Une innovation majeure tous les trois mois. Ex passer toutes les pages hebdomadaires (mode, conso, santé…) quotidiennes.
On n’embauche presque plus que des femmes de 30 ans, pour saisir cette sensibilité, ont installé une crèche pour les faire venir
Faire des journaux intelligibles pour des lecteurs de 15 ans car c’est l’âge qu’on doit capter pour assurer son lectorat futur.

Marcel Quiviger et Christophe Tostain (Le Télégramme de Brest)
Chgt de format et de formule en mars 2002. Pb : ne pas s’endormir sur la formule, ne plus rien bouger quand la formule marche commercialement (+ 3500 ex en 2003 sur 190 000).
Tabloïd, maxi de couleur, chgt de structure, refonte des infos géné et conservation de la locale + partenariat avec magazines pour créer rubriques magazine.
Des unes intérieures qui permet d’imposer des choix forts, des relances (une générale, une locale, une sport). Le Télégramme avait d’abord créé des suppléments en petit format (lundi-sport, magazine du mecredi) pour tester la réaction des annonceurs et des lecteurs. Puis Télégramme dimanche.
Nb : le marché publicitaire français fait exception puisque les changements de formats se sont fait sans baisse des tarifs pub (vendus au module pro-rata de la page), avec l’argumentaire de l’impact et de l’exposition identique dans la page.

Nb service ne veulent pas changer. Méthodes possibles : autoritarisme ou faire rencontrer les lecteurs pour faire comprendre aux journalistes ce qui ne va plus.
Se méfier de l’intuition. Le mkg permet d’objectiver les idées (ex : intuition : il faut un cahier sport ; rejeté par les lecteurs) Articuler les efforts de la rédaction autour d’objectifs précis.
Jalons : qu’est-ce que j’aime/j’aime pas dans le journal ; qu’est-ce que je trouve de mieux ailleurs et pourquoi ? Qui résiste au changement ? Qui l’incite ? Quel risque pour chaque cible ? Ex : qualité photo, fraîcheur, fiabilité et précision, ton.
Méthode : Faire des vu/lu par tranche d’âge des photos, articles, présenter le résultat à chaque séquence et les emmener voir plusieurs focus group de lecteurs (question : combien de journalistes dans le service ? un ou deux => prise de conscience) ; rassurer, faire des propositions mkg, créer un groupe de journalistes pour discuter les pistes et faire des propositions étayées, la rédaction en chef accepte ou refuse (accepte au moins 50%, mais les idées viennent de la rédaction et non imposées)
Rédaction en chef gardienne des décisions collectives des services (leur rappeler les objectifs qu’ils ont eux même posé, leur rappeler qu’il faut encore évoluer).

Nata Rampazzo (presse magazine)
Comment mesurer le rythme dans un journal ? Unité de base : gris du texte par rapport à la titraille, aux encadrés/infographies, à la photo/dessin, à la pub.
Méthode : Etablir un graph du déroulé du journal, double par double (et regroupé par séquence-couleur) : en ordonné, tension graphique (= éléments graphiques/gris du texte) ; en abscisse temps de lecture (gris du texte), et déceler les cadences, cycles, temps forts et la physionomie générale du déroulé (=rythme) Est-ce techno (accumulation rapide de temps fort), syncopé (alternance régulière de temps forts et de temps faible), symphonique (montée et descente progressives)…
80% du journal doit être prémaquetté (bibliothèque de page), le reste très maquetté (temps forts du journal et non parties complètes).
Le lecteur cherche des contrastes (alternance court/long, petit/gros) mais aussi des régularités dans le déroulé (code de lecture implicite, principes de rendez-vous se répétant au fil des pages)
Il faut absolument s’astreindre à faire un mur de page, pour visualiser le rythme du journal (texte, images, pub, blancs) et les problèmes de pages vis-à-vis.
Se restreindre à 3 ou 4 modèles de pages prémaquettés par type de page (ouverture, relance, pratique, magazine, service, …) pour se concentrer sur les temps forts du journal.
Un soliste par page (un élément qui tient toute la page et qu’on met en vedette)
Harmoniser les éléments mélodiques (les histoires) et rythmique (le graphisme, l’éditing)

Michel Gaffré (PQR)

Broadsheet, lecture de haut gauche à bas droite ; tabloïd, double page (avec photo et titre qui passent le pli (mais pas la légende)
Faire des cahiers en tabloïd : encarté (une intérieure et double page centrale pour signifier qu’on continue de l’autre coté du deuxième ou troisième cahier)
Tabloïd : démultiplier le nb de séquences pour mieux rythmer
Mise en page plus modulaire (unité de mep : page ou double page) => libérer du temps pour l’éditing
Papiers plus courts ? Non car double page => plus d’entrée mais pas plus court ; photos plutôt plus grandes (mais moins de photos), pub moins génante car news devient pleine page.
Des unes plus fortes.(des choix plus affirmés : 1 titre + le supplément au lieu d’une manchette + sommaire + titre suppléments + pub)
Conseils: ne pas tout changer d’un coup (format, système rédactionnel; roto; organisation,... => changer d’abord ce qui ne se voit pas : organisation, syst. Rédactionnel ; et ensuite seulement ce que le lecteur voit) ; ne pas reporter tout le contenu du grand format sur le petit : il faut faire des impasses sur certains sujets pour laisser les sujets les plus forts s’épanouir.

Hervé Barbot (Ipsos)
On a fait des tests avec des journaux blancs en différents formats (coupe 50, broadsheet, tabloïd, berlinois) sur des lectorats stratégiques (femmes, jeunes, urbains).
Sans maquette, la coupe 50 et le broasheet étaient considérés comme des grands formats ; le tabloïd et le berlinois comme des petits formats (maniables, moindre résistance des femmes, jeunes, urbains).
Néanmoins le berlinois conserve un certain nombre de rituels de la lecture grand format (on le plie, on le lit page par page de haut en bas, on butine entre les pages pour repérer les sujets), alors que le tabloïd change le rapport (on ne le plie pas, on le lit par double – les deux têtes d’abord puis les deux pieds).
Les faux cahiers encartés dans les tabloïds rencontrent beaucoup de résistance car ils ne sont pas compris des lecteurs (La Libre Belgique estime qu’un tiers du lectorat, quel que soit l’âge, rejette ce système d’encartage). Le berlinois et le broasheet n’ont pas ce problème puisqu’il peuvent avoir plusieurs cahiers l’un derrière l’autre
Débat
Pub : si on améliore la qualité du papier au changement de format, si on agrafe, on peut conserver les tarifs en diminuant le format (on ne vend plus du millimètre mais de l’impact par rapport à la page)
Les annonceurs avancent que dans le tabloïd, l’environnement rédactionnel est plus mince donc les lecteurs s’attardent moins sur la page (impact moindre de la bloc vs la news en gd format), mais lecture par double page => c’est l’ensemble de la double qui constitue l’environnement rédactionnel.
Le petit format est intéressant pour les annonceurs de petits formats que l’on voit mieux dans la page.
Le berlinois est plié et macule au pli (annonceurs mécontents), le tabloïd pas plié en kiosque mais plié sous blister (même problème), le demi-berlinois pas plié (le pli empêche de voir l’annonce entière et cache celles qui sont sous le pli => petit format, tout bénef pour les annonceurs)
Avant de changer quoi que ce soit, interroger les annonceurs sur ce qu’ils aiment/détestent dans le journal actuel et leur présenter le changement de format comme la réponse à leur attente.

Meilleur moyen de passer au tabloïd : le produire en vrai (vrais articles, photo, éditing, pub, imprimé sur papier journal). Un moyen intermédiaire peut consister à passer quelques supplément en demi-format comme étape d’un processus d’évolution auprès des lecteurs et annonceurs.

Le format des gratuits devient la nouvelle référence du petit format. Donc il faut se situer par rapport à eux (le tabloïd peut être un grand format dans un environnement de demi-berlinois)
La lecture sur site web est le nouveau mode de lecture et le demi-berlinois est le plus proche de ce modèle : navigation par sommaire (mini-synthèse des articles pour scanner le contenu de l’ensemble du journal en deux minutes, puis consultation au long de deux ou trois articles choisis que l’on lit complètement (=> nécessité de prendre le lecteur par la main et de le guider dans la lecture de l’article par des astuces graphiques, résumés, points saillants, relance, ton du récit, mais pas deux papiers de même longueur sur deux angles différents : du contraste= un papier principal et des points d’entrée dans le sujet)

Convergence avec l’organisation des newsmagazines mais les grands événements, le volume des sujets (hiérarchie par le nombre de feuillet), rubricage rigide dictent le chemin de fer au détriment de l’intérêt du lecteur). Se défaire de la religion du contenu pour penser en termes d’utilité pour le lecteur (« armé – par le journal -- pour affronter le monde » Filloux).
Du mal à penser le déroulé globalement (organisation en service fait qu’on ne se préoccupe pas de l’environnement des autres pages et du rythme du journal) + tendance à concentrer les sujets chauds et peu illustrés au début, frivoles et débauche de place à la fin, plutôt que d’alterner les modes de traitement XXL/XXS (mais pas les rubriques : il faut que le lecteur s’y retrouve)
Les doubles pages qui se succèdent se ressemblent vite, chacun voulant valoriser ses sujets => coordination centrale pour modérer la présentation en fonction de l’intérêt/l’importance du sujet.

Un projet de changement rencontre les plus fortes résistances dans la rédaction, car on ne peut plus raisonner en page ou même en séquence. Une approche transversale, comme en mag est nécessaire : on n’appartient plus à un service, mais on contribue – selon le secteur que l’on suit – à des histoires. Il faut alors une plus forte intégration de l’édition (texte, photo, infographique) et de la maquette qui doivent participer dès la discussion du sujet entre le rédacteur principal et le responsable des pages où cela va paraître.
Le passage au petit format permet de mobiliser tout le monde pour changer de méthode de travail, mais il ne contraint pas à cela (on peut faire un petit format en raisonnant en grand, mais le lecteur n’y trouvera pas son compte).
Souvent, les journalistes trouvent que, cette fois, le changement de formule est allé trop alors que les sondages montrent que 30% des lecteurs ne se sont aperçu de rien.
Le jour du lancement n’est que le début de la nouvelle formule : la rédaction revient d’elle même à ses vieilles habitudes (même les nouveaux embauchés !)

Problème de la « une » : il faut adapter avec des unes affiches et à l’intérieur une page what’s new servant de manuel de navigation, de scan rapide du journal (on ne butine pas en tabloïd comme dans les grands formats, trop de pages)

Généralement, en petit format, on augmente le nombre de journaux vendus, mais le nombre de lecteur par exemplaire baisse (le lecteur s’approprie son journal et ne le prête pas). Possibilité de compenser cela par des cahiers, mais techniquement difficile en tabloïd et micro, et lecteurs souvent peu convaincus par l’encartage central (agrafage ? -> Sonntagsblick)


Blick a testé pendant six semaines la double parution en berlinois et demi-berlinois (micro), avec le message « deux formats, un même contenu » + présentation dans le journal, hotline gratuite, réaction par sms, concours associé : 75% des personnes interrogés ont déclaré préférer le petit format, plus pratique et plus maniable, 69% ont acheté le demi plutôt que le grand ; les ventes ont augmenté de 5 à 10% => argumentaire pour les commerciaux qui pouvaient répondre aux objections des annonceurs avec des chiffres (profitant de l’expérience du Matin, a légèrement baissé ses tarifs sur les formats les plus pratiques – pleine page, bandeau – et augmenté le tarif au millimètre qui bénéficie d’une meilleur exposition dans la page).
Au passage, Blick a enrichi sa rubrique « service » (tél. mobile, multimédia, télévision, musique) et introduit des suppléments agrafés au format micro, encartés au milieu de journal. Seul le supplément mots croisés du samedi est resté en berlinois (premier cahier : micro). Ajout de suppléments en pile séparés occasionnels, sans date fixe (budget 1 par mois) : apparaissent comme de véritables cadeaux faits aux lecteurs, qui ne se confond pas avec l’édition normale.

La Libre Belgique est passé au tabloïd parce que cela est plus simple techniquement à partir d’un broadsheet (de même qu’il est plus simple de passer au demi-berlinois pour un berlinois). Mais s’ils avaient eu le choix, ils seraient passés au berlinois.

Die Welt : double édition sur un test de 8 semaines. WK : 50% de texte du grand format (32 p. tabloïd vs 38 p. broadsheet), prix 0,50 € vs 1,30 €. Pas de recrutement de personnel, mais 12 réd.chef/éditeurs détachés de 16 h à minuit (sélectionnent, coupent et actualisent les articles car le bouclage du WK se fait à minuit contre 22 heures pour le broadsheet). Pas d’investissement technique, ni de campagne de pub. Maquette reprenant les mêmes principes en les exagérant pour renforcer l’identification (logo, utilisation plus fréquente du bleu typique du Welt, police et corps du texte conservés. Editing fort (sélections des sujets qui restent et unes dirigés vers un cible plus jeune). Le problème de pub ne se pose pas encore car l’insertion dans le Welt Kompakt se fait sans surcoût pour les annonceurs (mais toutes les pubs ne passent pas du grand au petit : le service pub choisit en fonction de ses besoins relationnels avec les annonceurs), mais l’idée est de proposer soit le passage dans le broasheet seul, soit en combiné pour un forfait BS+Kompakt.

Gilles Dauxerre (La Provence) :
tout le groupe va passer au berlinois avec des cahiers en 2006 (décision non arrêtée) car « le berlinois c’est l’avenir parce que le demi-berlinois, c’est l’avenir de l’avenir »

Nathalie Baylaucq (La Libre Belgique)

La libre : 48 pages minimum + cahiers
A voir : la page 24 heures (scan du journal : l’actualité en 2 minutes => très apprécié des lecteurs) ; la page observatoire de l’Europe, la page débats, le supplément .doc (le point/retour sur un sujet)
Comprendre le lien qui unit le journal et le lecteur, et pourquoi ce lien est errodé.
Tabloïd= demi-broadsheet et deux fois papier à lettre US (Sun est plus petit qu’un tabloïd)
1999 : chgt de formule et refondation du journal
2002 : chgt de format (en deux étapes)
Refondation : pas petit groupe pilote dans le journal (rejeté dans la rédaction) ; pas de gourou graphique (rejeté) => travail de réflexion avec la rédaction jusqu’à épuisement de la rédaction et validation par focus group (même si chq rédacteur n’était pas forcément d’accord avec les décisions prises, chacun connaît la genèse des idées) => brief rédactionnel précis. Baylaucq a traduit graphiquement ce cahier des charges (contenu, hiérarchie, longueur des papiers). => amélioration de l’image et des ventes. Chgt de format envisagé mais écarté (car trop d’un coup)
Deux types de format d’articles XS et XL (brèves et grands papiers)
Passage au tabloïd en 4 mois (il a manqué un mois qu’il a fallu deux ans pour rattraper).
Pb : comment ne pas tourner le dos au noyau dur d’acheteurs réguliers ? Rester gris (plus que dans le grand format) => ce qui semble plat en grand format devient punchy en petit => ne pas trop en faire, rendre plus sobre pour garder une image de qualité.
On fait preuve de moins d’audace graphique en petit format, mais ça se voit plus.
La conception par double page permet de bousculer simplement le chemin de fer jusqu’au dernier moment => plus maniable (on retire deux pages, on en met deux autres).
Le pb : les cahiers – suppléments banalisés, supp pas vus quand encarté.
Effet tunnel (multiplication des pages, impression qu’on n’en finit plus -> PA, …)
Parfois à l’étroit sur une double page (difficile de passer à trois pages sur un sujet dans un quotidien vs magazine)

Berner Zeitung (90% d’abonnés, par portage)
Haut de gamme mais familial => cahiers
1er cahier: actu inter, nationale et culture (non éditionné); 2e cahier local (tout éditionné); 3e cahier argent; 4e cahier différent chaque jour.

Le Temps (fusion Journal de Genève et Le Nouveau Quotidien => deux lectorats à concilier)

Projet Le Monde :
Manchette 5 cols avec grande photo et flèches, graph ; ventre sous la manchette ; boîte deux cols plus petite et maquettée, sur fond plus sombre, photo détouré et typo blanche/couleur ; appels sur fond de couleur (façon coup de fond sur lemonde.fr).

John D. Berry & Jean-François Porchez
www.markbattypublisher.com (“Contemporary newspaper design”)
La formule du Monde avant 2002 offrait une navigation plus franche, notamment une meilleure hiérarchie de titraille, et était moins maniérée (tétière et suppléments ont perdu en pertinence graphique)
Le caractère utilisé pour la manchette inapproprié, il chasse trop et a peu d’impact (comparaison avec le Centenial du Figaro/ de La Tribune)
Caractère de texte du Monde et du Figaro, aujourd’hui, un point trop petit par rapport à l’environnement graphique (écart qui ne peut que se creuser. Cf corps USA Today), mais ne peut être augmenté qu’en changeant l’interlignage (pour rester dans un rapport interlignage/corps de 1,2, optimal pour la typo Le Monde=> corps 8,8 = interl 10,5 ; corps 9 = interlignage 10,8) et le colonage (pour conserver au moins 30 à 35 signes par ligne => 5 cols ; 1 col = 54mm, mais impose de revoir tous les formats de pub, les habitudes de longueur pour l’écriture et les forces de titraille pour tenir compte du changement de corps de texte). En cas de changement de formule ou de format, remaniement global plus simple.
Trouver des astuces typographiques/ de maquette pour ne pas hiérarchiser par la place dans la page afin d’être plus libre dans la maquette et dans l’éditing (ex. système de greniers filants pour les brèves ou les sommaires ; utilisation d’un col blanche et d’un changement de justif utilisant cette marge pour les brèves dans Libé.)

Eric Christiaens (Concentra/GVA)
Gazet Van Antwerpen (GVA). Quotidien d’Anvers, centenaire, catho, conservateur, 4 éditions, 60% abonnés/40% kiosque
Baisse des ventes (-2,6% par an). Diagnostic : problème d’image (perçu comme traditionnel et conservateur, lecteurs âgés, masculin « la rédaction est constituée d’hommes de 50 ans qui font un journal pour des hommes de 50 ans).
Expérience : test en grandeur nature pendant 6 semaines : deux formats : broadsheet vs tabloïd (au kiosque, pendant la semaine, dans l’édition d’Anvers même seulement) Choisie parce que cela ne coûtait presque rien (surtout effort humain de l’entreprise car il fallait gérer deux éditions mais limité à 6 semaines, donc acceptable) et permettait de tester tous les maillons de la chaîne (la rédaction qui a été remobilisée par un projet collectif, les annonceurs qui ont profité de l’effet d’aubaine – annonce sur 2 supports et événementiel sans rien payer en plus -- ; les diffuseurs qui ont pu apporter un feedback très fin en ajustant kiosque par kiosque la proportion tabloïd/broadsheet et donc permis de mieux connaître les habitudes de consommation du lectorat ; les lecteurs a qui on demandait de voter avec leur portefeuille). Au bout de 6 semaines, tout le monde convaincu qu’il fallait passer au tabloïd seul.
Plan marketing : l’événement a fait bénéficier de pub gratuite dans tous les médias + campagne d’affichage, journaux et PLV (Tram, abribus, Austin mini décorées prêtés à des personnalités qui se rendaient dans des lieux branchés, numéros gratuits dans les taxis (avec jantes décoré « GVA tabloïd à bord ») pour que les lecteurs le prennent en main.
Feedback positif (82% préfèrent tabloïd, 75% le trouvent plus agréable à lire, mais 55% -- contre 37% -- estiment qu’il ne donne pas envie de lire plus => pas d’augmentation de pagination. La principale inquiétude des lecteurs était « va-t-on réduire le corps du texte ? » (plus difficile à lire) => effort sur la typo du texte. Progression de 4% en moyenne sur les 6 semaines, mais plus forte dans les zones où la pdm était la plus faible.
Les annonceurs ont souhaité payer moins (au mm), les agences ne voulaient pas rogner leur commission, les créatifs (pensent plutôt en broadsheet en Belgique vs pensent en newsmagazine en France) lui trouvaient moins d’impact. => démarche à été de chiffrer vs intuition souvent fausse des uns et des autres => régie a fait pendant les 6 semaines un vu/lu de chaque annonce sur les deux formats (118 annonces testées, classé en 3 catégorie : même format sur les deux support (au millimètre) ; même proportion dans la page (en % de la page) et passage en pleine page des grosses annonces. Dans les 3 cas, impact accru en petit format (surtout quand le format un millimètre restait le même : jusqu’à + 11% d’impact). Seules le lignage (PA, annonces type Felix Faure) passent moins bien en petit qu’en grand format. => Argumentaire : on ne vend pas du papier (au mm) mais de l’impact, qui dépend de la qualité de la création, de l’environnement rédactionnel (journal apprécié, cru) et de la dimension de l’annonce dans la page. => Module de base en tabloïd : la pleine page. GVA a baissé les prix de 15% des blocs (et augmenté de 60% au mm), mais si c’était à refaire, ils ne baisseraient pas les tarifs.
Les mêmes recettes ne produisent pas toujours le même « miracle »
Bilans comparés du passage du Times et de l’Independent in « Technique de presse », juillet-août 2004
Diffusion premier semestre 2004 The Independent + 23% ; The Times 0% (mais The Guardian –8%).
The Independent ne paraît plus qu’en tabloïd, The Times maintient une double production (coût estimé à 12 millions de livres)-> fini depuis début novembre
Pas un problème de précipitation : le projet du Times était antérieur, mais I va dans le sens de son lectorat (jeune, féminin, urbain) et T à rebrousse-poil (lecture prestigieuse => broadsheet image de qualité, lectorat conservateur, masculin).
I dispose d’un service marketing léger, souple et réactif et de circuits de décision courts ; T dispose des services du groupe Murdoch, plus puissants mais moins malléables.
I a doublé la marge de ses diffuseurs sur la vente des tabloïds pour les inciter à mieux présenter le journal ; T a fourni d’office plus de tabloïds que de broadsheets => les kiosquiers ont du affronter la colère des lecteurs, mécontents de ne pas avoir le choix (+ double travail de mise en place pour les kiosquiers).=> dans certaines régions , les kiosquiers n’ont même pas proposé la version tabloïd.
Depuis qu’ils n’ont plus que la version tabloïd, I propose des sujets de « une » très différents de la concurrence, parfois décalés et plus radicaux. T contraint à un choix moyen pour la manchette par la double production (doit convenir aux deux formats), par un lectorat moins typé que I et donc à rester dans le mainstream.
I connaissent des problèmes avec leurs annonceurs qui préfèrent le broadsheet (problème d’accompagnement de la régie et de pédagogie auprès des annonceurs au moment du changement de format).
T confronté à un double tirage plus complexe a dû avancer largement ses heures de bouclage le soir pour pouvoir approvisionner correctement les régions éloignées et donc est moins réactif.
En 2006, The Guardian doit passer en berlinois et le Telegraph a envisagé également ce moyen format.
Les lecteurs de Sydsvenska Dagbladet poussent au tabloïd
« Technique de presse », juillet-août 2004

Sydsvenska a passé 2 de ses 3 cahiers (culture et sport/métro) en petit format afin d’habituer progressivement ses lecteurs à ce mode de lecture (en corrigeant en fonction des remarques) et ses annonceurs (inconditionnels du grand format) à la pertinence du tabloïd. A noter : le Columbia Missourian a choisi de faire sa transition en restant en broadsheet la semaine et en passant en tabloïd le dimance ; Newsday et le Chicago Sun-Times publient leur premier cahier en tabloïd mais certains de leurs supplément en grand format (pub plus chère, grosses campagnes, différenciation plus forte)
Toute l’élaboration s’est faite en interne de manière que toute l’entreprise fasse sien ce projet. Etaient associés la rédaction -- chargé d’élaborer une écriture différente, une navigation modulaire mais conservant (en amplifiant en fait) les codes graphicorédactionnels spécifiques du journal pour souligner la continuité de l’ancienne et de la nouvelle formule --, la publicité – comment convaincre des annonceurs très réticents, quels formats d’annonces, comment adapter les tarifs [les prix au millimètre ont augmenté de 20% mais les tarifs en % de la page représentent 70% à 85% de l’équivalent en broadsheet ; Die Welt a choisi de ne pas facturer les annonces passées dans la version compacte pendant la période d’essai pour inciter les annonceurs à basculer] ; le marketing -- comment convaincre les diffuseurs de rendre plus visible le petit format, a priori noyé dans un environnement de broadsheet, repenser la répartition des exemplaires pour tenir compte de la spécificité du tabloïd [plus aux terminus de métro, en centre-ville,…] -- ; et l’imprimerie – les nouvelles contraintes de fabrication, de bouclage, d’envoi des pages, etc.
Des groupes de projet ad-hoc ont été constitué, dont les décisions ont été validés par un groupe de projet réunissant tous les corps de métier, chacun ayant un droit de véto sur toute décision (unanimité), après discussion avec des groupes de lecteurs [le Basler Zeitung a monté un forum de lecteurs sur la question du format sur son site ; Blick accompagné la transition avec une hotline gratuite lors du lancement et proposé aux lecteurs de réagir par SMS, téléphone, emails, …].

Passage du broadsheet au tabloïd

Les dangers du changement de formule et les étapes de sa redéfinition
Pelle Anderson et Morten Postrup, Metro, Stockholm (Visual Journalism Day / Ifra Amsterdam)
1. Parfois, ce n’est pas la conception qui pose problème :
- Par où commencer ? Pourquoi mon journal est-il moche ?
2. Attention à ne pas abandonner ce qui fonctionne bien
- Ne repartez pas de zéro uniquement parce que votre maquettiste en a décidé ainsi
3. Ne vous focalisez pas sur la maquette en oubliant le déroulé et le rythme
- Le déroulé fait partie de l’image de marque ; sans rupture, pas de structure ; la navigation doit être facile à comprendre et créer un rythme ; se concentrer sur les 3 choses dont on devrait absolument se débarasser et sur les 3 choses qu’on devrait absolument ajouter.
4. Ne posez pas au lecteur des questions dont vous n’êtes pas certain de pouvoir appliquer les réponses
- N’interrogez pas le lecteur sur ce que doit être le journal de l’avenir ; les lecteurs ne doivent pas répondre à votre place
5. Ne mégotez pas sur les points d’entrée
- donnez au lecteur toutes les occasions d’entrer dans le journal (mais attention à ne pas trop en faire quand même)
6. Ne tenez pas la rédaction en dehors de la réflexion sur l’évolution
- Chacun doit savoir ce qui se prépare ; convaincre les gens que cela se passera mieux s’ils contribuent à l’évolution.
7. Ne jetez pas tout : il y a toujours des choses à conserver
- La continuité n’est pas forcément le conservatisme. Soyez conscient de vos points forts aussi bien que de vos faiblesses.
8. N’oubliez pas l’objectif
- Conservez le cap. La précipitation n’est pas la solution. Changer pour changer n’est pas une bonne raison pour changer.
9. N’oubliez pas d’informer lecteurs et annonceurs
- Associez les annonceurs et profitez-en pour vendre plus.
10. Ne décevez pas par manque de pouvoir de décision
- Demander l’avis des gens ne signifie pas leur laisser le pouvoir de décider ; faites savoir dès le départ qui tranchera.
11. Assurez-vous que vous ferez bien le même journal en diminuant le format
- Il y aura plus de page. Le format tabloïd se répand. Avec la même quantité de papier, il y a deux fois plus de page que dans un broadsheet, deux fois plus de photos, plus de petits articles, la production est plus compliquée.
12. N’échouez pas en ayant mal mesuré le temps nécessaire ou en manquant de temps
- La prise de décision peut prendre beaucoup de temps ; et la pédagogie auprès de la rédaction plus encore.
13. La mode, spécialement en matière typographie, peut être un piège
- Trouvez votre personnalité mais écartez ce qui peut sembler étrange, intrigant ; évitez les polices à la mode dans les journaux ; excluez les polices utilisées par les annonceurs.
- Un an d’accompagnement de la formule pour l’aider à s’installer.
14. Ne repensez pas la formule sans repenser l’iconographie
- Une maquette novatrice et une ligne iconographique datée ne peuvent pas cohabiter. L’anticipation est le seul moyen d’obtenir de meilleures photos.
- Il faut dénombrer ce qui est représenté (hommes, femmes, vieux, jeunes, blancs, noirs) et le comparer à la composition de son lectorat (identification possible ?)
- Les grandes photos qui voisinent avec des petites marchent bien sur les tabloïds.
- Toujours garder de la place pour la surprise.
15. Ne croyez pas que le changement de formule est achevé lorsque le n°1 est sorti.
- Programmez des évaluations régulières ; donnez aux innovations le temps de s’installer ; abandonnez les innovations qui ne marchent pas à long terme.

Le changement de format n’est que la première étape
Interview de Pelle Anderson au journal de l’Ifra
Les études sur plusieurs années montrent que les lecteurs préfèrent le petit format. Mon format préféré : le demi-berlinois (ou microformat).
Dans 5 ans le broadsheet aura disparu en Europe, mais ça ne sera que la première étape : ce développement est lié à l’évolution du style de vie des lecteurs. La tendance est à la miniaturisation et à des objets plus mobiles (plus maniables lors des déplacements).
La diffusion des journaux baisse parce qu’ils n’ont pas écouté cette évolution. Les éditeurs doivent comprendre qu’ils ne sont plus dans un marché de presse quotidienne, ni même dans un marché de médias mais dans un marché du temps : ils sont en concurrence avec tout ce qui se consomment pendant le temps libre. Or ils sont toujours organisés comme dans les années 1950.
Il vaut mieux passer 15 minutes avec un journal que vous pouvez lire complètement qu’avec un journal qui devient un objet de frustration, surtout dans une environnement médiatique déjà surabondant et frustrant. La lecture du journal doit être le moment de ce recalage avec le monde).
Partout dans le monde, ceux qui résilient leur abonnement donnent la même raisons : je n’arrive pas à lire le journal (pas le temps, pas les moyens). Logiquement, on doit donc proposer un journal plus petit et moins cher, alors que la plupart des journaux font le contraire : plus de contenu pour plus cher. Aujourd’hui, ils en paient le prix.
Pire : ces dernières années, la seule réponse et le remède miracle à été le changement de formule graphique. Le succès de Metro montre qu’il faut repenser globalement les journaux : déroulé, rythme, maquette, visuel, façon d’écrire et de titrer.
Il existe deux types de lectorat : celui des centres urbains – qui est le même d’un bout à l’autre du monde (Metro en est la preuve) --, et celui des petites villes et des zones rurales – qui exprime un fort besoin de communauté et d’identité. Metro ne peut pas marcher dans les zones rurales, les journaux locaux ne peuvent pas marcher dans les grands centres urbains.
Quand on passe au petit format, les conséquences pour la rédaction sont énorme et il faut entièrement la réorganiser dans ce but. En divisant le format par deux, on double le nombre de page, ce qui veut dire qu’on divise la longueur et qu’on multiplie le nombre des articles, des photos et donc double la quantité de travail.
Il faut absolument privilégier le contraste entre des articles très courts et des enquêtes au long cours (Metro s’organise autour d’une double page hors norme, conçu comme une surprise quotidienne).
Le premier problème lors du passage au petit format est que l’on double la pagination ce qui impose d’inventer une façon d’aider le lecteur à s’orienter dans ce déroulé et un mode de navigation beaucoup plus explicite. Par exemple, une différence plus marqué entre des articles qui « tiennent » la page et le reste. Idéalement , une page doit proposer entre 7 et 12 entrées, donc si l’on compte 2 articles principaux il faut au moins 5 petits modules. De plus, il faut tenir compte du fait que sur une page de grand format on peut multiplier les angles. Dans les petits formats, tout ce qui est naturel en grand demande un effort supplémentaire de mise en scène et une maîtrise total du processus de réalisation. Le passage au petit format est donc tout sauf l’occasion de faire des économies sur la rédaction.
Il faut désormais compter systématiquement avec la possibilité de prolonger la lecture du journal avec le Web, le mail ou le téléphone mobile, notamment pour obtenir des compléments plus personnalisés et adaptés à la demande de chaque grand type de lecteur.
Il faut repenser le séquençage du journal. Le journal dont je m’occupe actuellement présente 3 parties : 1. toute l’actualité ; 2 culture, analyses et débats ; 3. un sujet décalé chaque jour, une découverte.
Quand on change de format, il faut principalement renforcer l’équipe visuelle : maquette et icono, mais surtout la rédaction doit acquérir une véritable culture graphique, et si elle n’existe pas, elle doit y être formée. Il faut que la maquette soit en plein accord avec le contenu et pour cela, que l’apparence du journal soit le souci de tous, même si ce n’est pas le travail de tous.
Pour moi, la typographie est souvent le parent pauvre de la maquette. La lisibilité devrait pourtant être son souci primordial. La couleur doit être réservée à la photo et à la publicité, la typo en noir uniquement.

Les mêmes recettes ne produisent pas toujours le même « miracle »
Bilans comparés du passage du Times et de l’Independent in « Technique de presse », juillet-août 2004
Diffusion premier semestre 2004 The Independent + 23% ; The Times 0% (mais The Guardian –8%).
The Independent ne paraît plus qu’en tabloïd, The Times maintient une double production (coût estimé à 12 millions de livres)
Pas un problème de précipitation : le projet du Times était antérieur, mais I va dans le sens de son lectorat (jeune, féminin, urbain) et T à rebrousse-poil (lecture prestigieuse => broadsheet image de qualité, lectorat conservateur, masculin).
I dispose d’un service marketing léger, souple et réactif et de circuits de décision courts ; T dispose des services du groupe Murdoch, plus puissant mais moins malléable.
I a doublé la marge de ses diffuseurs sur la vente des tabloïds pour les inciter à mieux présenter le journal ; T a fourni d’office plus de tabloïds que de broadsheets => les kiosquiers ont du affronter la colère des lecteurs, mécontents de ne pas avoir le choix (+ double travail de mise en place pour les kiosquiers).=> dans certaines régions , les kiosquiers n’ont même pas proposé la version tabloïd.
Depuis qu’ils n’ont plus que la version tabloïd, I propose des sujets de « une » très différents de la concurrence, parfois décalés et plus radicaux. T contraint à un choix moyen pour la manchette par la double production (doit convenir aux deux formats), par un lectorat moins typé que I et donc à rester dans le mainstream.
I connaissent des problèmes avec leurs annonceurs qui préfèrent le broadsheet (problème d’accompagnement de la régie et de pédagogie auprès des annonceurs au moment du changement de format).
T confronté à un double tirage plus complexe a dû avancer largement ses heures de bouclage le soir pour pouvoir approvisionner correctement les régions éloignées et donc est moins réactif.
En 2006, The Guardian doit passer en berlinois et le Telegraph a envisagé également ce moyen format.
Les lecteurs de Sydsvenska Dagbladet poussent au tabloïd
« Technique de presse », juillet-août 2004
Sydsvenska a passé 2 de ses 3 cahiers (culture et sport/métro) en petit format afin d’habituer progressivement ses lecteurs à ce mode de lecture (en corrigeant en fonction des remarques) et ses annonceurs (inconditionnels du grand format) à la pertinence du tabloïd. A noter : le Columbia Missourian a choisi de faire sa transition en restant en broadsheet la semaine et en passant en tabloïd le dimance ; Newsday et le Chicago Sun-Times publient leur premier cahier en tabloïd mais certains de leurs supplément en grand format (pub plus chère, grosses campagnes, différenciation plus forte)
Toute l’élaboration s’est faite en interne de manière que toute l’entreprise fasse sien ce projet. Etaient associés la rédaction -- chargé d’élaborer une écriture différente, une navigation modulaire mais conservant (en amplifiant en fait) les codes graphicorédactionnels spécifiques du journal pour souligner la continuité de l’ancienne et de la nouvelle formule --, la publicité – comment convaincre des annonceurs très réticents, quels formats d’annonces [ le quotidien suisse Blick a supprimé la pub à la carte pour n’accepter que des modules prédéfinis], comment adapter les tarifs [les prix au mm ont augmenté de 20% mais les tarifs en % de la page représentent 70% à 85% de l’équivalent en broadsheet ; Die Welt a choisi de ne pas facturer les annonces passées dans la version compacte pendant la période d’essai pour inciter les annonceurs à basculer] ; le marketing -- comment convaincre les diffuseurs de rendre plus visible le petit format, a priori noyé dans un environnement de broadsheet, repenser la répartition des exemplaires pour tenir compte de la spécificité du tabloïd [plus aux terminus de métro, en centre-ville,…] -- ; et l’imprimerie – les nouvelles contraintes de fabrication, de bouclage, d’envoi des pages, etc.
Des groupes de projet ad-hoc ont été constitué, dont les décisions ont été validés par un groupe de projet réunissant tous les corps de métier, chacun ayant un droit de véto sur toute décision (unanimité), après discussion avec des groupes de lecteurs [le Basler Zeitung a monté un forum de lecteurs sur la question du format sur son site ; Blick accompagné la transition avec une hotline gratuite lors du lancement et proposé aux lecteurs de réagir par SMS, téléphone, emails, …].

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